dimanche 3 septembre 2017

dimanche 3 septembre 2017 : Arblade-le-Haut/Aire-sur-Adour (24km, cumul 63 km) (31 224 pas)

Coïncidence, nous avons quitté la maison d'hôtes, une nouvelle fois à 8h30, par un ciel couvert qui s'est dégagé à la mi-journée.  


Le randonneur traverse d'abord un étrange terroir dont les villages ont disparu depuis que la Révolution a regroupé en communes des éléments épars de hameaux totalement dispersés sur un même territoire. Souvent, comme pour Arblade-le-Haut ou Lanne-Soubiran, la mairie est à un endroit, l'église à un autre, le cimetière ailleurs encore. Les habitants sont égaillés un peu partout dans la nature.



La première partie de l'étape du jour est restée vallonnée. La vigne se raréfie, même si le chemin traverse une zone faisant partie d'une AOC géographique, le Saint-Mont. Les moines bénédictins qui fondèrent le monastère de Saint-Mont au xie siècle apportèrent la notion de terroir à un vignoble déjà présent depuis des siècles. Au cours des trente dernières années, les vignerons ont réussi à rendre au saint-mont une renommée acquise au temps des pèlerins de Compostelle. Le saint-mont a d'abord reçu en 1981 l'appellation d'origine "vin délimité de qualité supérieure". Il est maintenant protégé par une AOC depuis mai 2011.



À côté de la vigne, la culture du maïs et celle des... petits pois se sont beaucoup développées. Mais la région est surtout dominée par une forêt constituée surtout de petits chênes. En sous-bois, le sentier est  bordé de hautes fougères, de ronciers de mûres et de buissons de houx. Les guides consultés mentionnaient des palombières (des  cabanes perchées en haut des arbres à la limite de la canopé gasconne, auxquelles on accède par une échelle, très prisées des chasseurs de palombes). Ont-elles disparu ou sont-elles trop bien camouflées ? Nous n'en avons repéré aucune.






   À chacun son moyen de transport... ce jeune homme a 75 ans !

Pause dans la nature, le temps de quelques notes pour le blog...

   ... à côté d'un bananier !

L'église de Lanne-Soubiran (qui signifie "la lande de dessus") est le premier édifice à ne pas manquer sur le chemin. Dédiée à St Pierre et St Paul, l’édifice est de style roman, mais a été remanié à diverses époques. Le portail est précédé d'un porche sur croisée d'ogives, reposant sur des colonnes ouvragées assez endommagées. Le clocher quadrangulaire se trouve à l'angle sud-ouest et il est surmonté d'un dôme finissant en pointe. La nef unique est recouverte d'un lambris en berceau. Des peintures murales ont été découvertes récemment, mais, ayant été dégagées sur une petite superficie, elles n'ont pu être datées. Une pièce, servant de mairie, était aménagée dans l'emban protégeant l'entrée de l'église. Cette disposition était assez courante sous l'Ancien Régime, où les réunions de la communauté se tenaient souvent sous le porche des églises. Ce n'est que récemment que la mairie a été aménagée dans l'ancienne école. L'église est accolée à l'ancien presbytère, une belle demeure transformée en gîte.


Nous sommes tombés dans l'église sur un texte intitulé "Marcher".
"Marcher. L'homme a toujours eu besoin de marcher, de partir, d'aller à la rencontre de Dieu.
Marcher, c'est quitter "ses basses eaux", ses habitudes, une certaine facilité de vie.
Marcher, c'est partir sur le chemin dont on ne connaît que l'amorce et la certitude qu'il nous mènera au but recherché ; et qu'entre les deux, il y a les efforts, les douleurs, les souffrances mais aussi les plaisirs, la joue de découvrir plus grand, plus loin, plus beau.
Marcher, c'est partir vers une rencontre qui sera faite de nombreuses rencontres avec ceux qui viennent de tel ou tel endroit ou vont à tel ou tel endroit ; faite aussi des rencontres avec ceux qui cherchent leur chemin ou avec ceux qui se croient perdus sur le chemin.
Marcher, c'est partir ensemble, dans un élan de joie avec ceux qui partagent déjà le même quotidien dans la vie familiale, dans les relations amicales et dans la communauté paroissiale.
Marcher, c'est partir avec tous ceux qui ne peuvent pas marcher et prendre sur son dos toutes leurs attentes, leurs demandes, leurs silences pour transformer notre marche en pèlerinage.
Alors...
Marcher, c'est découvrir ses propres dimensions par rapport au Monde qui nous entoure, sans artifices !
Marcher, c'est découvrir que la route n'est pas seulement communication, mais communion" (Hubert Paris)

Poursuivant notre chemin, nous avons bénéficié d'une excellente visibilité et aperçu les  Pyrénées,... un de nos objectifs ! La chaîne se détachait en gris à l'horizon et semblait encore bien lointaine !


À 11 km de notre point de départ de ce matin, Lelin-Lapujolle, une petite commune de moins de 300 habitants, a l'avantage d'être située à peu près à mi-parcours entre Nogaro et Aire-sur-Adour. Autant dire que c'est un village tout indiqué pour une pause café ou casse-croûte ou les deux ! Nous n'avons pas manqué de profiter de l'aubaine, non sans avoir au préalable jeté un coup d'œil sur l'église de Lelin, une chapelle du XVIème siècle, construite sur un tumulus datant de l’âge du bronze, en lieu et place d’une chapelle datant du XIIème siècle. Son mobilier est classé aux monuments historiques. Elle possède un des rares retables entiers, en bois d’acacia doré et polychromé du Gers, un tableau représentant le Christ et la Samaritaine, œuvre de Croneau (1849) et une magnifique chaire. L'église n'est pas désacralisée, mais les offices se font rares et elle accueille des expositions profanes et temporaires d'artistes locaux.




Nous avons dégusté notre sandwich maison acheté à Lelin, à l'ombre d'un grand chêne. 


Bien nous en a pris car l'ombre est rare dans la dernière partie du parcours, à partir du moment où  l'itinéraire aborde la plaine de l'Adour. Il commence par longer une voie ferrée désaffectée, un spectacle qui m'inspire toujours une certaine nostalgie en pensant à tous les tortillards à vapeur qui ont pu l'emprunter au XIXème siècle et au début du XXème et plus tard à toutes les  michelines qui ont sillonné la campagne. Cette première ligne droite est suivie d'autres lignes droites encore plus monotones car elles semblent ne pas vouloir finir. 

   Un panneau en voie de disparition...


De part et d'autre, ce ne sont que des champs de maïs et nous étions en plein cagna.

Barcelone-du-Gers (excusez du peu !) est une petite commune paisible, la dernière du Gers, juste avant de franchir l'Adour et d'arriver à Aire-sur-l'Adour. 

    Le lavoir de Barcelone-du-Gers

   et l´ancienne prison !

En traversant le pont, le randonneur change non seulement de département, mais aussi de région, puisqu'il entre dans les Landes et en Nouvelle Aquitaine.

   L'Adour

 Nous avions eu tellement chaud et il faisait tellement lourd que nous nous sommes précipités à la première terrasse de café juste après le pont pour déguster un panaché bien frais, un des deux petits bonheurs qui attendent les pèlerins que nous sommes, en atteignant une étape. L'autre est, une fois arrivés au gîte, de nous délester du sacs à dos et d'abandonner les chaussures de marche, ce que nous avons fait en parvenant à la Maison des pèlerins vers 15h00, où Isabelle, une Meusienne de Bar-le-Duc nous a accueillis avec un large sourire.

Nous avons fait une longue pause avant de ressortir nous faire une idée de cette ville, petite sous-préfecture de 6 200 habitants. Le "cathédrale" Saint-Jean-Baptiste d'Aire date des XIeme  et XIIéme siécle. En fait, elle a été victime des vicissitudes de l'histoire. L'évêché a été supprimé à la Révolution, puis rétabli en 1822, avant d'être transféré à Dax en 1933, de sorte que l'église n'est plus qu'une "concathédrale" ! La sévère façade du xiiie siècle, surélevée d'une tour à toit d'ardoise, a pour portail une simple voussure en arc brisé. La sacristie est une salle capitulaire du xive siècle, aux voûtes gothiques retombant sur des piliers centraux, de facture toulousaine évoquant les "palmiers" des Jacobins. La nef est voûtée d'ogives au xive siècle. Le choeur est flanqué de quatre absidioles donnant sur le transept. Des peintures murales  à motif floraux et géométriques typiques du 19 ième décorent abondamment l'intérieur.




L'ancienne halle aux grains est également un des bâtiments emblématiques de la cité.

La table d'hôtes réunissait ce soir dix-huit convives qui ont fait honneur à une soupe à base d'ail et de pain et à une potée aux lentilles, riz et chorizo. Nous avons pu vérifier que le groupe constitué de 14 personnes qui faisait masse, vivait tout à fait en vase clos, plutôt éloigné de l'esprit du pélerin où la rencontre et l'échange sont des valeurs cardinales.

2 commentaires:

  1. Je vous suis pas à pas.....Magnifique texte à méditer au fil des kilomètres ...(.que le groupe rencontré n avait pas du lire !)Bonne continuation;25 km par jour c est raisonnable pour un jeune retraité .Bises Elisabeth

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  2. "Les efforts, les douleurs, les souffrances mais aussi les plaisirs, la joie de découvrir plus grand, plus loin, plus beau" nous les vivons avec vous ! Merci ! Mille amitiés d'une autre Elisabeth ( la troyenne)

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