Il était 15h00 quand nous avons franchi la porte Saint-Jacques qui marque l'entrée dans la vieille ville de Saint-Jean-Pied-de-Port (attention à l'orthographe et port est à prendre au sens de col !), au pied de la citadelle. C'était notre objectif en 2013, interrompu à l'époque à Moissac pour Olivier et, quelques jours plus tard, à Montréal-du-Gers pour moi. Tout arrive. Nous avons par là-même franchi dans la journée le 200ème kilomètre du périple 2017 et parcouru en tout la moitié de la distance entre le Puy-en-Velay et Saint-Jacques-de-Compostelle...
La journée avait commencé, comme les précédentes, par un copieux petit-déjeuner à base de café, de tartines grillées accompagnées de tranches de fromage de brebis ointes de confiture de mirabelles (divin !). Souvent la confiture de mirabelles est remplacée par de la confiture de cerises noires (ça doit être très bon aussi...). Il s'agissait d'emmagasiner suffisamment de calories pour faire face aux éléments...
En effet, nous avons tous ces derniers jours scruté avec soin (et inquiétude) les prévisions météorologiques de la fin de semaine. Elles n'étaient pas bonnes. La tempête de la nuit dernière a conforté nos craintes. La pluie au réveil pour notre dernière étape française ne nous a par conséquent pas pris de court. Limaces et escargots ont été à la fête. Pour autant, nous n'avons pas fait le parcours toute la journée sous la pluie et avons même bénéficié de très belles éclaircies. Comme quoi, le pire n'est jamais sûr.
Qui veut voyager loin ménage sa monture, de sorte que nous n'avons pas refusé l'offre de notre hôtesse de nous reconduire en voiture au carrefour où nous nous étions écartés du chemin hier pour venir jusqu'à la ferme (gain de deux bons kilomètres !)
Comme la pluie s'était interrompue une première fois, nous avons pu jeter un coup d'œil à sec dans Ostabat, un village de 200 habitants situé sur un versant de colline, origine de son nom en basque qui est Izura, et sur un couloir de communication naturel vers l’Espagne. C’est à Ostabat que convergent les pèlerins partis de Tours, Vézelay et le Puy pour se rendre à Compostelle. La cité est composite. Dans la ville basse (quartier Irizola), les autorités religieuses avaient construit les hôpitaux et maisons hospitalières dédiés à l’accueil des pèlerins les plus démunis et un chemin leur permettait de quitter le village sans acquitter de péage. La ville haute ou ville neuve a été édifiée au 13ème siècle et s’étend selon un plan de quadrillage de type bastide. Elle est entourée par une muraille de protection détruite en 1228 par le roi de Navarre Sanche le Fort. Pour pénétrer dans cette partie d’Ostabat, il fallait acquitter un péage. La ville moderne s'est développée dans le prolongement de la ville haute à partir du 17ème siècle.
Véritable ville étape dès le Moyen Age, Ostabat développe des services destinés aux voyageurs qui y trouvent auberges, commerces et artisans. Son importance commerciale est confirmée en 1607 par le roi de France et de Navarre Henri IV qui lui octroie le privilège d’un marché bimensuel et d’une foire biannuelle. Par la suite, l’assèchement des Landes par Napoléon III réhabilite les itinéraires côtiers et détourne les flux d’échange et de commerce. L’activité d’Ostabat est de nos jours essentiellement agricole avec l’élevage de brebis de race Manech et de vaches Blondes d’Aquitaine.
Ostabat est également le siège social de la célèbre AOC Ossau-Iraty, un fromage au lait entier de brebis, traditionnel du Béarn et du Pays Basque, qui se présente sous la forme d’une tomme aux formes généreuses et à la croûte naturelle. Sa couleur varie du jaune orangé au gris en fonction de ses conditions d’affinage. La durée minimum d'affinage de 80 à 120 jours.
Au-delà de Larceveau, le pèlerin trouve sur sa route le moulin d'Utziat (à 7,7 km de notre point de départ). Lui et deux bâtiments d'habitation sont les ultimes traces d'un prieuré-hôpital mentionné dès 1227, qui a longtemps fait la renommée de ce hameau situé dans la vallée d’Oztibarre, limitrophe du pays de Cize, et qui regroupe les anciennes maisons des « donats ». Ceux-ci étaient des laïcs qui se mettaient à la disposition du prieur afin d’aider les pauvres et de soigner les pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle. Le prieuré fut pillé puis incendié par les Huguenots en 1570. Sa fonction d’hôpital fut supprimée par lettres patentes de Louis XVI en novembre 1784 au bénéfice de l’hôpital de Saint-Palais, et les bâtiments furent incendiés lors des troubles de la Révolution. Les anciens donats sont devenus propriétaires de leur ferme en juin 1795. Après avoir perdu son toit, le moulin d’utxiat a été restauré en 2000 grâce au soutien apporté par l’association des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le local est très rustique, mais permet à quatre marcheurs de passer la nuit, si nécessaire. Nous y avons fait une pause d'un petit quart d'heure seulement, car il était déjà 11h et le temps était de nouveau très incertain.
Le moulin d'Utziat

Avant d'arriver à Gamarthe, commune qui fait partie du pays de Cize, la Croix de Galcetaburu représente le point le plus élevé par où la chaussée médiévale, héritière d'une voie romaine, passait de la vallée de la Bidouze à celle de la Nive. "L'ouvrage est en forme de Croix latine avec bras droits ornés de demi-boules à leurs extrémités. Un Christ en Croix est gravé sur une des faces. Sa tête est placée au centre du croisillon. Ses bras, dont les grandes mains étalées ont des doigts d'égale longueur, sont fortement dirigés vers le haut. La date 1714 est gravée de part et d'autre des pieds. En écoinçon, deux visages simplifiés. Une inscription gravée en exergue sur le revers de La Croix, donne les premiers versets du Vexilla Régis".
Après avoir déjà marché près de 17 km et n'avoir vu aucun commerce depuis Larceveau, Nous avons été soulagés en arrivant à Bussunarits-Sarrasquette de voir qu'un gîte proposait boissons et sandwichs aux marcheurs. Mais la qualité de l'accueil ne nous laissera pas de souvenir impérissable. Tout juste si nous n'avons pas été éconduits ! Finalement, nous avons eu droit à du pain, une terrine de pâté, deux tranches de fromage, deux bières et un café à consommer dehors, sous un arbre goutant de le dernière pluie et alors que la pluie menaçait de nouveau !
Nous ne nous sommes pas attardés. Il restait encore six kilomètres jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port (Donibane Garazi en basque). L'accumulation de gros nuages noirs à l'approche de La Madeleine n'augurait rien de bon.
Avant le déluge final...
De fait, un véritable déluge s'est abattu sur nous. L'intérieur de l'église de La Madeleine aurait mérité qu'on s'y attarde, mais il était plongé dans l'obscurité. Nous avons poursuivi courageusement sous la pluie battante qui nous a accompagnés jusqu'aux abords de Saint-Jean. Un baptême en bonne et due forme après une journée dans l'ensemble très arrosée, mais une étape très bucolique néanmoins !
Une éclaircie nous a permis de sortir l'appareil photo pour immortaliser le franchissement de la porte Saint-Jacques.
À une cinquantaine de mètres, des bénévoles assurent l'accueil des pèlerins. Il nous a été confirmé qu'il ne servait à rien de spéculer sur une amélioration des conditions météorologiques d'ici vingt-quatre heures. Nous poursuivrons par conséquent notre chemin.
Un bureau des pélerins donne des informations sur la suite...
Nous nous sommes installés dans un des gîtes d'étape de la ville, le gîte Zuharpeta, où nous bénéficions, comme hier, d'une chambre double à l'écart de ronfleurs potentiels. Après la traditionnelle lessive quotidienne et un passage par un "lavomatic" pour la faire sécher, nous avons refait un petit tour en ville entre deux averses et dîné dans une brasserie.
Nous ne sommes plus habitués à voir autant de monde et à être au cœur d'une telle animation urbaine. Ici les pélerins sont très nombreux : chaque jour des centaines d'espagnols et autres étrangers débutent le chemin ici. Ils paraissent tous propres et frais...























Félicitations.Votre premier objectif est atteint .Vous reposerez un peu quand vous serez sur le sol espagnol?Avec un ciel de pluie les photos sont encore plus belles.Merci au rédacteur en chef et aux photographes...Bises.Elisabeth (Babeth)
RépondreSupprimerUne belle étape hautement symbolique..... Félicitations !
RépondreSupprimerBises
Annouk