Le marcheur qui quitte Aire-sur-Adour au petit matin en direction du sud-ouest, est cueilli à froid par une côte assez accentuée qui le fait passer devant la basilique Sainte-Quitterie. Érigée sur la colline du Mas entre le XIe et le XIVe siècle à l'emplacement d'un temple romain, elle abrite le très beau sarcophage qui aurait contenu les restes de la sainte, très célèbre en Gascogne. Selon la légende, celle-ci aurait été décapitée en 476 par le fiancé qu'elle aurait repoussé pour se vouer à Dieu. C'était au Moyen-Age une étape obligée pour les pèlerins qui souhaitaient vénérer les reliques. Nous avons découvert sa façade très austère, son clocher-porche orné de quelques sculptures et le patchwork de ses murs alternant la pierre et la brique selon les reconstructions. En revanche, nous avons dû renoncer à admirer les trésors qu'elle recèle, car l'heure était trop matinale (8h30 passées de peu) et la basilique, encore fermée.
Peu après, le chemin longe le lac du Brousseau créé pour réguler le cours de l'Adour. C'est un tronçon très agréable et apparemment prisé des gens du coin qui fréquentent le circuit aménagé tout autour de la retenue.
On passe ensuite sous l'autoroute de Gascogne, la A65. Peu après, le chemin aborde un nouveau terroir. La culture du maïs n'est pas un mythe dans cette partie des Landes. On parcourt des kilomètres entre deux étendues plates, plantées de maïs. Parfois un champ de sorgho ou de soja vient rompre la monotonie du paysage.
Sorgho
Quel contraste avec les Landes qu'ont connu les pèlerins qui traversaient la contrée au Moyen-Age ! Pour eux, elle représentait un défi et était source d'une grande frayeur car c'était un immense marécage infesté de moustiques où sévissait la malaria sans oublier les sables mouvants à l'approche des cours d'eau. Il faudra attendre les grands travaux d'assainissement au XIXe siècle accompagnés souvent de la plantation de forêts de pins, pour éradiquer le fléau.
On retrouve un paysage plus vallonné à l'approche d'une petite localité perchée sur une colline, Miramont-Sensacq, à un peu plus de 16 km d'Aire-sur-Adour. Les pèlerins y sont les bienvenus, comme le proclame une grande banderole tendue à l'entrée du bourg sur la haie... du cimetière. Tables et bancs disséminés dans le bourg sont une invitation à laquelle nous n'avons pas résisté, de faire la pause pour souffler, d'autant qu'il était déjà un peu plus de midi et demi. Nous avons pu tout à loisir aérer et masser nos pieds soumis à rude épreuve, recompléter nos bidons en eau potable fraîche et sustenter nos estomacs avec les casse-croûte dont nous avions eu la précaution de nous munir avant de partir ce matin. Le lundi, c'est sacré : épicerie, boulangerie et café sont fermés à Miramont-Sensacq et il n'y a rien en amont et rien en aval jusqu'à Pimbo.
L'église de la commune accueille, elle aussi, les pèlerins par un texte affichée à l'entrée et intitulé "Sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle". "Qui saura jamais dire combien d'hommes et de femmes, de jacquets cheminèrent sur ce gigantesque sablier que sont les chemins de Saint-Jacques et qui convergent vers la lointaine Galice ? Malgré la poussière et la boue sur les cailloux des chemins, bravant les dangers des hommes, des loups et des rivières en crue, ils avaient le regard fixé sur la Voie lactée, qui, mystérieusement, leur rappelait chaque soir la direction à suivre. Riches ou pauvres avec pour seul bagage leur bourdon, une besace, un long mantel de laine sombre et un écrit de curé, ils marchaient. Dans l'espoir de ménager leurs pauvres chaussures, ils préféraient aller pieds nus sur les plus mauvais passages. Un pèlerin, cela prie d'abord avec ses pieds. Mais que cherchaient-ils, ces frères de l'éternité ? Mon sieur Jacques ? La révision de quelque terrible faute, leur place au paradis ? Par ce calvaire volontaire, certains voulaient remercier pour un enfant sauvé de la maladie ou un vœu formulé sur un champ de bataille. Pour quelques-uns, le pèlerinage était une sentence pénale. Pour d'autres, il répondait seulement à une envie de découvrir le monde. Mille pèlerins, ce sont mile raisons d'aller là-bas. Et que rencontraient-ils en Galice ? Eux-mêmes à n'en pas douter. Le reste concerne seulement leur conscience. Bonne route, marcheurs de l'absolu".
Nous avons évité Sensacq dont seule l'église du XIIe siècle aurait présentée un petit intérêt en raison de son mur clocher, de ses fonts baptismaux carolingiens par immersion couverte et de sa charpente en carène de bateau. Mais nous avons préféré prendre un raccourci - d'ailleurs charmant- qui nous a fait gagner plus d'un kilomètre (ça compte en début d'après-midi !) en passant par les lieux-dits aux noms improbables - Minou, suivi de Poutou -...
Sur cette dernière portion du parcours légèrement ondulé, dans le Tursan, un des terroirs landais, on trouve une sorte de résumé de l'économie agricole locale : encore un peu de vigne, des champs de tournesol et de maïs et de grands élevages de canards pour les confits et les foies gras.
Nous avons choisi ce soir, un gîte en pleine nature, un peu à l'écart du GR, le Ferme de Norland tenue par Christine et Gilbert Passicos, qualifié de "gîte gourmand" ! Bien que situé sur le territoire de la commune de Pimbo (bien prononcer, pain-bô !), il est en amont pour nous du cœur de village. Nous étions tellement fatigués en arrivant à 14h45 que pour rien au monde, même sans sac à dos et sans grosses chaussures, nous n'aurions poussé aujourd'hui une reconnaissance jusqu'au centre du bourg, bien qu'il soit présenté comme le premier village de style vraiment béarnais. Nous le découvrirons demain en partant...
Notre hôtesse est originaire du Pas-Calais, d'où le nom de la ferme. Nous avons beaucoup appris du processus d'élevage des canards. La ferme reçoit les poussins de Vendée ( croisement de canard de Barbarie et de canette de Rouen) assure le cycle complet de l'élevage, grâce notamment au maïs qu'elle cultive en parallèle. L'abattage, le plumage, la cuisine et la mise en conserve se font dans le cadre d'une coopérative (CUMA), accessible à tour de rôle par les quatre exploitations qui en sont membres. La ferme assure la commercialisation de ses produits en direct sans passer par aucun distributeur. Bref une exploitation à taille familiale qui assure une combinaison très large de compétences...
Nous avons amplement goûté les productions familiales lors du dîner. Après un "floc" rouge et un potage maison délicieux, nous avons dégusté plusieurs tranches de cous farcis au foie gras, et plusieurs magrets gouteux et tendres à souhait, arrosés d'un vin de pays local (Tursan) servi généreusement par notre hôte.... Après l'effort, le réconfort !













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