mardi 8 octobre 2013

J 16 : Lhospitalet / Montlauzun (26 km, cumul 375 km)

En entendant la cloche de Granéjouls ce matin à... 7 heures, la chanson de mon enfance de Sheila, "L'école est finie", m'est venue spontanément à l'esprit : "la cloche a sonné, ça signifie, mais oui, mais oui, la rue est à nous, que la joie vienne". Bon ! "La rue est à nous", oui, mais, au réveil, quand on est sur le chemin de Compostelle, ce n'est quand même pas "la joie" qui prévaut... La fatigue et les courbatures sont le plus souvent au rendez-vous. La joie, elle, vient progressivement dans la journée, devant le charme d'un petit chemin creux, la beauté d'un site ou d'une œuvre d'art, plus sûrement en fin d'après-midi, au moment où on enlève les chaussures...

    Au moment de partir ce matin...

Notre hôtesse a eu la gentillesse, après nous avoir offert quelques figues de son jardin, de nous conduire vers 8 heures et demie, à Labastide-Marnhac (en dehors de notre itinéraire) pour nous permettre de nous ravitailler pour le déjeuner car il n'y avait aucune possibilité avant Montcuq à une vingtaine de kilomètres. De fait, les rares villages et hameaux traversés étaient dépourvus de tout commerce. Notre sentier souvent crayeux et caillouteux a cotoyé pour l'essentiel des maquis paisibles de chênes pubescents, de genévriers, de buis et de petits conifères.

    Christian en adoration devant les chênes pubescents

    L'opération stratégique du matin : la réservation du gite pour le soir...

Peu avant le village de Lascabanes, nous avons retrouvé "notre" restaurateur breton, Jean-Yves, rencontré à Montbigoux. Le bourg semblait endormi. Nous avons poussé la porte de l'église et découvert un monument aux morts plus émouvant que bien des monuments dressés au cœur des villes : les noms sont gravés sur une simple plaque en bois coiffée par des drapeaux en berne, et encadrée de peintures sur toile montrant deux Poilus et des parents en deuil. 


Nous avons eu droit à une (dernière ?) caselle (elles se font plus rares dans le paysage) et à une belle petite chapelle dédiée à Saint-Jean le Froid (?).



Nous avons pique-niqué en pleine campagne, face à un champ de tournesols desséchés, dans le silence le plus absolu. Les quelques nuages clairsemés dans un ciel bleu façon Magritte étaient immobiles. C'était comme si le "temps avait suspendu son vol".




Nous avons enfin découvert Montcuq (oui, le "q" se prononce !), popularisé (on dirait "boosté" aujourd'hui!) par Daniel Prévost dans "Le Petit Rapporteur", il y a de cela... environ quarante ans ! Le bourg reconnaissant a donné le nom de l'émission de télévision à une de ses rues ! C'est un endroit qui gagne vraiment à être connu. Son vieux centre et ses ruelles sont dominés par un donjon imposant. L'église Saint-Hilaire reconnaissable à son clocher-porche de style toulousain et de forme octogonale conserve des vitraux remarquables portant sur des scènes de la vie du Saint, ancien évêque de Poitiers. Les ruelles portent des noms chantants en "ou" : rue du Raidillou, du Coustalou, du Pendillou, du Grimpadou, du Tombadou, du Tiradou, du Rapaillou... Une atmosphère conviviale se dégage au spectacle des vieux du bourg, surpris en train de disputer une partie de pétanque ou attablés et absorbés par une partie de cartes.




La montée au sortir de Montcuq n'a rien d'un "raidillou" mais tout d'un "raidillon". Reste ensuite une dizaine de kilomètres pour atteindre Montlauzun, un village qui a la mauvaise idée d'être perché au sommet d'un tertre. Mais une dernière gâterie nous avait attendu peu auparavant avec l'église de Rouillac dont le chœur éclairé par trois ouvertures romane en plein cintre est décoré de fresques datant du 12ème siècle (abimées mais très émouvantes) représentant notamment l'entrée de Jésus à Jérusalem et la Cène.



    La Cène

    La Cène (détail)




Nous avons élu domicile dans un ancien presbytère, transformé en gîte par un couple d'Anglais, Chris et Eileen, eux-mêmes anciens pèlerins. Au menu, soupe de légumes au coriandre et au cumin et confit de canard ! De quoi récupérer une fois de plus les calories dépensées dans la journée (33 794 pas !)...

Un point positif ce soir : nous avons fait plus que la moitié de la distance à parcourir du Puy en Velay à Saint-Jean Pied de Port ! Selon notre hôtesse, il ne resterait "que" 340 km...


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