Une affichette précisant que les dortoirs devaient être libérés pour 8 heures 30, c'était une incitation à partir tôt... Comme à chaque fois que je prends seul "le chemin" depuis deux jours, j'étais partagé ce matin entre d'une part la crainte qu'il ne m'arrive, dans la journée, le même pépin de santé imprévisible qu'Olivier, et d'autre part l'envie d'aller toujours plus loin vers l'inconnu. L'esprit d'aventure l'emporte sur toute autre considération...
Un vent froid à décorner un bœuf a soufflé toute la journée. Il a joué avec les nerfs des marcheurs, tantôt en nettoyant subitement le ciel des gros nuages noirs qui semblaient attendre le moment propice pour se vider, tantôt en les rassemblant de nouveau, toujours plus menaçants, dans un mouvement tournant. Au final, je suis passé à travers les gouttes, mais n'ai pas quitté ma polaire, mon chèche et mon chapeau de toute la journée !
Entre Lectoure et Castelnau, la région est tout aussi vallonnée que celle parcourue hier...
Marsolan, premier village sur l'itinéraire, était désert. Seuls trois pèlerins que j'avais vus hier au gîte et que j'ai retrouvés ce soir à Castelnau, Régis, Jean-Paul et Nikita, y faisaient une pause à l'abri du vent. J'ai bien sûr poussé la porte de l'église et constaté que l'orgue était curieusement installé dans le chœur, entre l'autel et le mur et ses vitraux !
Après Cauboué, j'aurais pu couper en direction de Condom et éviter La Romieu. Je serais passé à côté d'une très belle collégiale. Quelle émotion au détour d'un bois d'apercevoir à quelques encablures cet ensemble puissant (alors que je m'en croyais encore éloigné de plus d'un kilomètre).
La Romieu a été fondée en 1062 par deux moines qui revenaient d'un pèlerinage à Rome (d'où son nom : "larroumieu" en Gascon signifie "pèlerins de Rome"). La collégiale, construite entre 1312 et 1318, est l'œuvre du Cardinal Arnaud d'Aux, Camerlingue des Papes Clément V, son cousin, et Jean XXII. Il a d'ailleurs assuré un intérim de deux ans (1314/1316) entre ces deux Papes. Il est connu pour avoir présidé le procès des Templiers (1307/1314). On peut voir sa tombe dans un enfeu de la Collégiale.
Située au rez-de-chaussée de la tour octogonale, la sacristie est richement décorée.
Chaque niveau de la Tour octogonale a une fonction précise : au premier niveau singulièrement on trouve la salle du chapitre, au second, la salle des archives ou armorium (parce qu'on conservait les objets et livres précieux dans des armoires), accessibles seulement à ceux qui "avaient voix au chapitre") et au troisième, le belvédère.
Le cloître a beaucoup souffert de l'usure du temps, mais recèle encore quelques belles sculptures.
Une légende court sur une jeune fille, Angéline, qui aurait sauvé le bourg de la famine grâce à ses chats (lesquels auraient mangé les rats qui s'attaquaient aux maigres réserves de grains en période de famine), d'où des sculptures de chats un peu partout autour de la place principale.
J'ai élu domicile, ce soir, chez Andres et Jeanine Rodriguez, qui tiennent le gîte "Les Arroucasses" à Castelnau-sur-l'Auvignon, et qui nous ont servi une "garbure" (une bonne soupe locale bien chaude, avec des légumes, des saucisses et des cuisses de canard).























Ah la prune d'Ante !
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